Les ombres innocentes



Auteur : Guillaume Audru
Editeur : Editions du Caïman
Collection : Thriller
Date de parution : décembre 2015

Monsieur Audru, si jamais un jour vous venait à l’esprit le projet saugrenu d’embrasser une carrière de rédacteur de guides touristiques, sachez que c’est une mauvaise idée. Après « L’île des hommes déchus », mon envie de visiter l’Ecosse a tout bonnement disparu. Aujourd’hui alors que je viens de terminer « Les ombres innocentes » le plateau de l’Aubrac me fait à peu près le même effet que la banlieue de Dunkerque ou pire encore celle de Poitiers. Bref, si un jour des amis vous invitent à vous lancer  dans le tourisme, changez d’amis.

Trêve d’âneries,  « Les ombres innocentes » ce n’est pas une intrigue mais trois. A priori, elles n’ont rien en commun mais assez rapidement, on sent qu’elles vont se rejoindre. Reste à savoir quand et comment. A ma gauche, un vieillard est retrouvé errant sur une route de Corrèze. Il a visiblement été roué de coups mais il refuse de dénoncer ses agresseurs. A ma droite, une femme âgée est retrouvée pendue à un crochet de boucher dans sa propre ferme. Au milieu, enfermée dans une clinique psychiatrique, une patiente hurle son malheur dans l‘indifférence générale sauf celle d’une aide-soignante dévouée. Tout autour de ce trio gravitent les indispensables gendarmes, journalistes et ex flics sans qui un bon thriller social n’existe pas.

J’ai eu le sentiment en lisant les premiers chapitres que l’auteur avait basé son histoire sur trop de personnages et que l’ensemble risquait de devenir confus. Grossière erreur ! Comme le bougre maîtrise complètement l’exercice, le résultat est saisissant. Sa plume rusée réussit avec brio à attraper le lecteur pour ne le relâcher qu’à la dernière page, sonné mais comblé. Il m’a fallu quelques temps pour m’extirper de la torpeur brumeuse dans laquelle « Les ombres innocentes » m’avait plongée, comme après un excellent film.

J’aime beaucoup l’idée d’associer une playlist à la lecture d’un livre. Cependant, j’ai trouvé une partie des titres de cette liste un peu trop neutre musicalement. En fait, je crois que je m’attendais à trouver autant de rugosité et d’engagement que dans le texte lui-même. Mais ce n’est qu’un détail.

Il paraît que dans une carrière d’écrivain c’est le deuxième le plus difficile à pondre…Guillaume Audru s’en est tiré haut la main !

Alors Monsieur Audru, c’est pour quand le troisième ?

Du même auteur : L'île des hommes déchus
Du même éditeur : Renardot et le souvenir volé

Bande son : PJ HARVEY- Dress