Stéphane Tamaillon répond à nos questions



Stamaillon

Comment êtes-vous devenu un auteur jeunesse ?

J’ai toujours aimé ce qui touche à la création. Plus jeune, je voulais être auteur de bandes dessinées ; j’ai d’ailleurs fait les Beaux-arts. J’adore également le cinéma et j’avais rédigé il y a quelques années un scénario de long métrage, sans autre motif que de me faire plaisir. L’écriture me permet de m’évader. J’avais écrit quelques nouvelles, mais je me suis véritablement lancé dans la rédaction d’un roman au moment de la grossesse de mon épouse (mon fils a aujourd’hui 5 ans). Je suppose que c’était ma « couvade » à moi. Christophe Lambert (l’auteur pas l’acteur), que je connais, a trouvé des qualités à ce texte et m’a suggéré de l’envoyer à des éditeurs. Je préfère tout de suite le dire, ce premier roman n’a pas trouvé acquéreur, mais j’ai reçu des encouragements de la part des éditeurs sollicités. Je me suis donc remis au travail. Le résultat fut « L’Ogre de la Couronne ». Je l’ai envoyé à une dizaine d’éditeurs et, en deux mois, j’avais quatre réponses positives. J’ai donné mon accord au premier qui m’avait contacté : Les 400 Coups, des éditions alors dirigées pour la France (c’est une maison québécoise) par Christine Féret Fleury. Le Seuil a été la seconde maison d’édition à me proposer de publier « L’Ogre ». Ayant signé avec Les 400 Coups, nous sommes finalement partis sur un autre projet sur la base d’un simple synopsis. C’est ainsi qu’est né « Dans les griffes du Klan ». Ensuite, j’ai enchaîné naturellement avec « Kroko », chez le même éditeur. Pour revenir à la littérature jeunesse, elle s’est imposée, car elle est riche et permet d’explorer de multiples univers sans se cantonner àun registre particulier. Épouvante, aventure, fantasy, science-fiction, western… tout est possible ! C’est aussi une forme de littérature qui m’autorise à me replonger dans les récits qui me faisaient rêver étant enfant ou adolescent. Une cure  de jouvence, en somme.


Si vous aviez la possibilité d’être un autre auteur jeunesse, qui choisiriez-vous et pourquoi ?

En fait, mes influences initiales se situent en dehors de la sphère de la littérature jeunesse. Mes premiers vrais émois littéraires résultent de la lecture des ouvrages d’Arthur Conan Doyle ou de Stephen King. Vous allez me dire que Sherlock Holmes peut être assimilé à de la littérature jeunesse, mais on trouve des scènes d’une rare violence dans ses aventures (Watson rencontre pour la première fois Holmes alors qu’il frappe les cadavres d’une morgue avec sa canne). Cependant, pour répondre à votre question, bien entendu, je me sens proche de certains auteurs jeunesse dont j’admire le travail. Outre l’incontournable J.K Rowling, j’apprécie énormément le travail de mon ami Christophe Lambert (il a plus de quarante romans à son actif et il n’y en a pas un que je n’ai pas aimé), de Loïc Leborgne (il vous faut absolument lire « Je suis ta nuit »). Ce qui les caractérise tous les deux, c’est leur capacité à vous embarquer immédiatement dans leur univers, la formidable structure narrative de leurs récits, et le réalisme qu’ils confèrent à leurs personnages. Des qualités indispensables à un bon livre. Christophe est un vrai perfectionniste, qui ne laisse rien au hasard. J’ai beaucoup appris en le lisant et en écoutant les conseils qu’il a bien voulu me prodiguer. Je lui en suis très reconnaissant.


Qu’est ce qu’un bon roman jeunesse pour vous ?

La plupart des bons romans jeunesse sont universels. Si « Harry Potter » a connu un tel succès, c’est que, bien sûr, il s’adressait à priori aux enfants en évoquant des thèmes comme la magie, les créatures fantastiques, etc., mais en réalité il portait en lui la capacité de toucher un plus large public. Jules Verne, Jack London ou Robert Louis Stevenson n’écrivaient pas pour les enfants et pourtant leurs œuvres touchent aujourd’hui chacun de nous. Un bon livre reste un bon livre. Il existe des livres spécifiquement adultes mais peu de livres jeunesse qui ne s’adressent qu’aux enfants. Car, derrière le récit lui-même, quel qu’il soit, se dissimulent des thèmes qui nous concernent tous. Regardons une fois encore « Harry Potter » : le totalitarisme (Voldemort veut éradiquer les moldus), le deuil (la perte des parents d’Harry), le sacrifice nécessaire (la mort de Dumbledore, l’un des jumeaux lors du combat final), la maltraitance (Harry vit dans un placard sous un escalier dans le premier tome), l’amitié, l’amour... Un bon roman jeunesse ne doit pas avoir peur de posséder un côté effrayant, si celui-ci n’est pas purement gratuit. Bénédicte Roux, mon éditrice chez Le Seuil, l’avait bien compris pour « Dans les griffes… ». Jamais elle ne m’a demandé de modifier la scène d’ouverture du roman qui peut, pourtant, en choquer certains. Ce premier chapitre était nécessaire pour planter le décor. Je crois qu’il ne faut pas édulcorer le propos car ce serait le desservir.


Quel roman et quel album ont marqué votre enfance ?

« Une étude en rouge » d’Arthur Conan Doyle ; « Cujo », de Stephen King… Pas vraiment jeunesse tout ça !  Je dirais cependant « Le faucon déniché » de Jean-Côme Noguès et, en album, « Les trois brigands » de Tomi Ungerer. En y repensant, j’avais vu le film « Kes » de Ken Loach qui m’avait aussi marqué sur un thème identique au « faucon déniché ». D’ailleurs, un aigle tient un rôle important dans « Krine », mon dernier roman. Ça doit être inconscient.


Existe-t-il des points communs entre vos livres ?

Oui, le « K » : Klan, Kroko, Krine. C’est, Gilles Abier, un ami auteur qui me l’a fait remarquer. Il faudrait demander à un psy ce que cela veut dire. Plus sérieusement, le thème de la tolérance est permanent dans mes livres, bien que mêlé à d’autres en fonction des textes. « L’Ogre » parlait de l’opposition entre ouvriers et bourgeois à la fin du XIXe siècle, « Dans les griffes du Klan », de la ségrégation raciale dans l’Amérique des années 1950, « Kroko », du sort réservé aux Dayaks… Cela revient sans cesse. Je ne m’en rends souvent compte qu’après coup.


Avez-vous un rituel d’écriture ?

Pas vraiment. J’écris quand je peux : matin, après-midi, soir. En fonction de mes disponibilités. Ces derniers temps, j’essaie d’écrire en musique, avec un casque sur les oreilles, afin de me couper totalement du monde extérieur. Uniquement de l’instrumental (jazz, B.O de films) ou des chansons en anglais (du gros rock en principe) pour ne pas que les paroles ne parasitent la rédaction. En anglais, j’arrive à en faire abstraction et à n’entendre que la mélodie. En ce moment, j’écris de la Fantasy et j’écoute des trucs « épiques », comme le dernier Iron Maiden ou le best of de Nightwish.


« Kroko » se passe à Bornéo, « Dans les griffes du klan » en Alabama, « L’ogre de la couronne » à Paris et « Krine » à Londres, à quand un roman dont l’intrigue se passe dans notre jolie région du Poitou-Charentes ?

Au risque de vous décevoir, ce n’est pas au programme. L’écriture est un moyen de m’évader et le Poitou-Charentes est un peu trop proche pour une excursion telle que je les affectionne.


Quels sont vos projets en cours ?

Le premier tome de ma série fantastico-historico-streampunk, « Krine », vient de sortir aux éditions Gründ. La première enquête de mon détective victorien s’intitule « Les pilleurs de cercueils ». Je termine la rédaction d’un one-shot (roman unique, sans suite) qui paraitra chez Oskar Jeunesse, dans la collection fantasy que dirige à présent Christine Féret Fleury. Et d’ici trois semaines, je vais m’atteler à l’écriture du tome 2 de « Krine » qui sortira en septembre 2011. C’est vraiment un univers qui me passionne. J’ai hâte de m’y replonger et d’en retrouver les principaux protagonistes. Le premier volume a reçu un très bon accueil chez les libraires et au Salon du livre du Mans où je me suis récemment rendu.


Quel est de loin votre site de critiques dédié à la littérature jeunesse préféré ?! :-)

J’affectionne bien entendu « Beurk des livres » qui m’a gâté avec de très bonnes chroniques sur deux de mes livres. J’apprécie également les sites « Les histoires sans fin » et « Idées de lecture ». J’ai eu la chance de recevoir jusqu’à présent des critiques plutôt positives à l’égard de mes ouvrages. Espérons que cela continue !

Un grand merci à Stéphane Tamaillon pour sa disponibilité.

L’Ogre de la couronne, Les 400 coups, 2009
Dans les griffes du Klan, Seuil Jeunesse, 2009

Kroko, Seuil Jeunesse, 2010
Les enquêtes d'Hector Krine : Les pilleurs de cercueils, Gründ, 2010