Insa Sané

Auteur : Insa Sané
Editeur : Sarbacane (eXprim')
Sarcelles Dakar : 2006
Du plomb dans le crâne : 2008
Gueule de bois : 2009
Daddy est mort : 3 novembre 2010


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"Cycle immuable, éternel retour. Avant de s'éteindre, Octobre avait accouché du monstre, et déjà Novembre dressait son sceptre par-delà les plaines, par-delà les monts. C'est ainsi, mon ami, mon frère. Froid comme un juge aveugle et sourd, Novembre vient, et tu connaîtras le jour amer du pain d'autrui. Il brise ces vastes mensonges que sont le printemps et l'été. Non, sur Terre rien n'est éternel, le bonheur moins que tout. En fredonnant sa complainte, Novembre le terrible arrache ce qu'il reste de feuilles sur les branches désolées, ce qu'il subsiste de verdure en nos illusions biaisées. Le vent passe, le temps se fige. Le cruel Novembre assassine en un souffle ce que mai et juin se sont obstinés à engendrer. Immuable comme le cycle de la vie, Novembre vient, éternel retour...et tu sauras que naître est plus dur que mourir. Frangin, à ce moment de notre histoire, en ce mardi promis à être noir, fallait en finir avec les noces païennes, ces joies ingénues, chasser l'oiseau bleu pour qu'apparaisse la voûte d'acier. Si la banlieue s'empressait d'accueillir l'hiver, c'est que Paris allait trembler."

C'est un curieux djinn qui a du se pencher sur le berceau d'Insa Sané. Le garçon est musicien, comédien, écrivain. Artiste à tout crin et avec quel brio. Un gars qui a du, môme, croquer du Hugo pour la chronique sociale, du Shakespeare pour la dramaturgie et une pointe de Queneau pour les mots.
L'écriture d'Insa Sané est chaloupée et rugueuse, ciselée et cadencée. Le phrasé est poétique et les mots ont la gouaille de Sarcelles. Une écriture qui vous harponne pour ne plus vous lâcher, qui vous entourloupe, obsédante comme une ritournelle, avant de vous laisser à terre, anéanti et comblé.
Sa comédie urbaine (débutée avec Sarcelles-Dakar, puis du Plomb dans le crane, Gueule de bois et aujourd'hui, Daddy est mort) est multiple, engagée, foisonnante. Ses personnages, des gamins trop facilement estampillés « jeunes de banlieue », des couards, des barges, des braves, des fleurs de bitume cabossées qui rêvent d'une place au soleil à l'ombre des tours de béton.
Alors si vous n'avez jamais lu un roman d'Insa Sané, vous êtes sacrément en veine parce que ça vous fait quatre romans à dévorer (attention à l'addiction) et un écrivain talentueux à l'extrême à découvrir... alors souriez..."une histoire devrait toujours commencer par un sourire d'au moins trente deux dents. Un sourire comme seule la rue, au coin d'un de ses plis, peut t'en offrir parfois ".

(et pour la bande son : écoutez Insa Sané et le Soul Slam Band et particulièrement "Immigrés")